Groupe SHINOBI ("Shinobi Kai") / Groupement Français de Dôjô et d’Instructeurs de Ninjutsu (G.F.D.I.N.)
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Voici une série de questions reçues de multiples interlocuteurs et auxquelles Christophe Batilliot, président et directeur technique du groupe Shinobi (GFDIN) a accepté de répondre en décembre 2006. Nous publions ici quelques uns des échanges les plus significatifs afin de donner un peu plus de transparence sur notre positionnement et la situation du Ninjutsu en France telle qu'elle est vue par les membres de notre groupe. |
Dans l'histoire du Ninjutsu en France,
il y a déjà eu de multiples groupes ou mouvements qui ont
été créés ? Ce groupe n'est-il pas qu'un
simple mouvement de plus ?
Oui et Non. La plupart de ces groupes n'ont pas vécu plus de
quelques années et ne regroupaient pas un nombre
conséquent de Dôjô de Ninjutsu.
J’ai moi-même activement participé à la
création du groupe Shidoshikai France en 1998-99. J’ai
même été l’un des principaux moteurs dans la
création de ce groupe mais devant les conflits et intérêts de certains, il n’a pas
été possible de créer une réelle union
désintéressée de clubs et d'instructeurs. L’association «
Shidoshikai France » telle que créée alors, n'étant devenue qu'une façade d'union aux ordre d’une minorité, a donc été dissoute peu de
temps après sa création. Elle tente depuis de renaître de ses
cendres.
Certains des groupes constitués en France continuent bien
entendu d'exister aujourd'hui mais leur positionnement ne
reflète pas (ou pas exactement) celui que nous désirons
prendre. Notre groupe existe sous une forme "non
médiatisée" depuis l'année 2001 et le plus ancien
de nos Dôjô a été créé en 1988.
A sa création "officielle " en avril 2006, le groupe Shinobi
(Shinobi Kai / GFDIN) compte 13 instructeurs répartis sur 9
Dôjô. Tous les clubs et instructeurs sont affiliés
au Bujinkan Japon et sont bien entendu en règle avec celui-ci.
Un autre mouvement ? Qu'a-t-il de différent ?
Les 3 ou 4 mouvements de Ninjutsu actuellement présents en
France sont tous dirigés par un responsable technique qui aligne
donc le positionnement du groupe avec celui qu'il estime être "le
bon" (orientation technique, délivrance de grades, politique,
affiliation, ...)
Ce positionnement ne convient pas forcément à tous les
instructeurs français et il nous est apparu comme
légitime de positionner notre groupe comme une alternative
cohérente pour ceux qui le désireraient. Nous invitons
donc les instructeurs ou clubs intéressés à nous
contacter s'ils le désirent.
Pourquoi avoir créé ce mouvement ?
Parce que nous n’étions pas complètement satisfaits
de l’orientation des autres mouvements actuellement
présents en France. Après avoir constaté que plus
d’une dizaine d’instructeurs avaient une vision
relativement similaire de notre art martial, de son enseignement et de
sa pratique, nous avons donc décidé de créer un
groupe afin de partager cette vision homogène et d’aider ainsi ceux qui le désirent.
Pourquoi le créer maintenant en 2006 ?
L'actualité 2006 a été riche en rebondissements
pour les instructeurs de Ninjutsu Français. Entre "collecte
d'info présentée comme obligatoire" et mise en
conformités parfois imposées, ces rebondissements ont
malheureusement parfois été subis et lors de discussions
internes, les différents instructeurs de notre groupe ont alors décidé qu'il
était probablement temps de nous déclarer comme une
entité cohérente voulant travailler de concert et selon
des règles qui nous paraissent légitime. Comme il
n'était pas question de créer un groupe autonome,
replié sur lui-même et fermé aux autres, nous avons
décidé de lui donner un nom et une existence en tant
qu'entité déclarée au sein de la communauté
du Ninjutsu.
Selon vous, est-ce le seul groupe légitime en France ?
Bien sûr que Non. La plupart des autres groupes ont également leur légitimité et leur positionnement.
La diversité permet néanmoins à chacun de trouver le groupe qui lui correspond le mieux.
Quel est le but du groupe «
Shinobi » (Shinobi kai), aussi appelé « Groupement
Français de Dojo et d’Instructeurs de Ninjutsu » ?
Proposer aux instructeurs qui le désirent un cadre de travail cohérent, proche de ce qui se fait au Japon.
Nous mettons notamment l’accent sur les points suivants :
- Respect de la tradition (sans s’enfermer dans le « passéisme »)
- Qualité technique
- Proximité de l’enseignement actuel au Japon
- Vertus, morale et philosophie
- Un système de grade cohérent : les
grades sont donnés pour la valeur technique individuelle
réellement constatée et selon un barème
partagé (ils ne sont donnés ni en récompense, ni
pour motiver, ni par intérêt politique, ni pour
flatter/attirer/recruter).
Probablement également que l’un de nos buts est de
restaurer un peu le blason et l’image du Ninjutsu en France,
image quelque peu ternie par le comportement et le discours parfois
outrancier et auto glorifiant de certains.
Affirmer que notre art martial est « génial » et que
si les autres ne le croient pas c’est qu’ils sont aveugles
ou incultes, c’est simplement être incapable de
reconnaître ses propres erreurs et l’image que l’on
véhicule soi-même, même sans le savoir, ou encore
l’image qu’on ne véhicule probablement pas
suffisamment…
Les instructeurs et pratiquants de Ninjutsu doivent d’abord
accepter globalement la responsabilité de cette image afin
d’être ensuite capables d’agir dessus.
Hatsumi Sensei a-t-il nommé un ou plusieurs représentants pour la France ou pour l'Europe ?
Non, Hatsumi Sensei a déjà été
déçu par le passé du comportement de certains de
ses propres instructeurs. Il n’a donc jamais voulu établir
un système hiérarchique où il
déléguerait un pouvoir géographique à qui
que ce soit. Il préfère avoir une relation directe avec
ses hauts gradés et laisse chacun pratiquant libre de trouver le
professeur qui lui convient le mieux.
Passons maintenant à quelques questions plus générales...
Selon vous, les occidentaux ont-ils le même type de progression technique que les japonais ?
Pas toujours. La plupart des instructeurs occidentaux sont partis
étudier avec Hatsumi Sensei alors que celui-ci enseignait
déjà des techniques avancées, voire très
avancées. Les techniques de bases ne sont presque plus
enseignées au Japon actuellement. Lors de mes premiers voyages
au Japon, je me souviens que les Shihan japonais tentaient encore
parfois de corriger les occidentaux de passage et de leur enseigner
comment réaliser correctement les techniques de base mais la
plupart d’entre eux ne s’y intéressaient pas et
n’acceptaient pas de revenir un peu en arrière pour
retravailler leurs bases. Les occidentaux éventuellement ouverts
ou intéressés étaient eux plus ou moins
bloqués par le manque de compréhension de la langue
japonaise. Mon constat après environ 20 ans de pratique est donc
que la majorité des occidentaux ne font que survoler les
techniques de base pour se concentrer trop rapidement sur les
techniques avancées (techniques d’école, niveaux
avancés, armes,…). Certains instructeurs désireux
d’apparaître au Japon sous un meilleur jour utilisent leurs
cours comme une excuse à leur propre entraînement et font
donc travailler des techniques avancées (thème
enseigné au Japon,…) à leurs élèves
qui ne sont pas toujours prêts même s’ils sont
souvent intellectuellement intéressés, voire satisfaits.
Pour les pratiquants, cela constitue un réel problème car
il y a alors un « leurre » sur le niveau réel et
profond de certains d’entre eux. On en vient même parfois
à observer des clubs où les bases (Kamae, Tsuki,…)
ne sont globalement pas les mêmes, voire où les bases
changent tous les 2 ans pour tenter de s’adapter à ce qui
a été observé au Japon à tel instant.
C’est alors un vrai problème pour le développement
cohérent de notre discipline.
Certains hauts gradés
occidentaux disent qu’ils ne faut pas trop s’attarder sur
les bases, ne pas trop s’attacher aux formes, que ceux qui le
font sont des puristes qui n’évolueront pas
C’est un leurre et même un discours forcément
très commode quand on ne propose pas ce type de contenu en plus
des techniques avancées ou de variantes personnelles.
Cette phrase est parfois prononcée par Hatsumi Sensei mais elle
est avant tout destinée aux quelques Shihan japonais
présents, qui ont appris les bases pendant de très
nombreuses années à ses côté et qui doivent
désormais savoir s’en détacher pour
progresser et devenir « libres ». Ceux qui
n’ont pas des bases absolument correctes ne devraient pas
s’en détacher, bien au contraire.
Hatsumi Sensei l’a toujours dit : jusqu’à un niveau semi avancé
(4ème Dan), il faut travailler la forme
précise des techniques et l’acquisition d’une
certaine puissance (« Form and Power »). Les pratiquants
qui ont un grade de 5ème Dan et plus sont donc censés
tous avoir déjà acquis les formes correctes (et une
certaine puissance). C’est alors qu’il devient opportun et
même obligatoire de travailler des techniques avancées.
Ceux qui ont de bonnes bases en sont pas forcément
bloqués et limitées par celles-ci. Prenons
l’exemple des mathématiques ou de la musique,
maîtriser les tables de multiplication ou bien le solfège
ne vous empêche pas d’aller plus loin, bien au contraire.
Que pensez-vous des listes
écrites de techniques (Kata, niveaux
d’école,…) qui sont données ou vendues, quel
que soit le niveau des instructeurs, pratiquants ou simple «
clients » qui les commandent/reçoivent ?
Cela rejoins ce que je disais, c’est un leurre. Au Japon, seuls
les instructeurs ayant atteint un certain niveau reçoivent une
description écrite des techniques, et cela reste progressif. La
tradition est d’attendre plutôt que la personne soit
prête avant de lui donner ce qui convient à son niveau et
à sa progression. Si l’on ajoute à cela le fait que
les descriptions techniques écrites qui circulent en occident
ont souvent de sérieuses différences avec le texte que
l’on peut trouver dans les Denshô (livrets techniques) des
écoles, on a vite fait de travailler des techniques pas du tout
adaptées à son propre niveau, voire de tenter de
reproduire une description écrite qui ne correspond pas à
ce qui est écrit ou enseigné en réalité.
Sans parler des enseignements ou précisions qui ne sont pas
écrites mais qui sont parfois essentielles pour réaliser
la technique correctement ou sans danger pour soi. Ces
précisions ne sont transmises qu’en direct par la personne
compétente, de bouche à oreille (Kuden).
Concernant les documents écrits qui s’échangent
souvent facilement en occident, j’ai collecté et
réunis pendant des années ce type de documents et il
m’est arrivé d’obtenir parfois 20 descriptions
différentes des mêmes Kata ou niveau d’école.
Quelle description est la bonne ? Combien de temps doit-on perdre
à essayer de reproduire des techniques en respectant un texte
qui s’avère souvent faux ou incomplet ?
Depuis quelques années, j’ai donc entamé une
démarche de vérification et de travail des niveaux
d’école auprès d’Hatsumi Sensei et des Shihan
japonais ayant une description exacte de ces techniques. Je
répercute ensuite ces informations aux différents
instructeurs.
Au sein du groupe « Shinobi », nous utilisons ensuite le
système japonais : en fonction de la progression des enseignants
du groupe et de leurs élèves, les descriptions techniques
(niveaux d’école,…) leurs sont peu à peu
transmises et expliquées. Celles-ci ont été au
préalable vérifiées et travaillées au Japon
sous la direction d’un instructeur japonais compétent.
Bien entendu, en fonction du niveau des pratiquants, une
fois la forme de base de ces mouvements correctement réalisée, ce qui demande
déjà un certain temps de travail, nous abordons les différentes variantes
possibles (à mains nues, avec ou contre armes) et les différents principes /
stratégies à retirer de ces mouvements : points clés, extrapolation possibles
à d'autres situations,...
Comment les grades sont-ils délivrés dans le groupe ?
Les grades ne concernent que ceux qui le reçoivent mais il est
incohérent que des gens ayant un même grade aient des
niveaux techniques clairement différents rien qu’en les
regardant bouger.
De même, un débutant à qui l’on
répète qu’il faut se protéger (Kamae /
Zanshin) serait choqué de constater qu’un gradé ne
fait pas attention à sa garde.
Avoir une qualité individuelle particulièrement
développée est bien entendu bienvenu, mais les
défauts techniques propres à chacun doivent absolument
être travaillés et disparaître progressivement. Plus
on progresse, plus on obtient donc pour un même grade un niveau
qui se doit d’être plus ou moins équivalent (du moins
pour un œil non averti).
Au sein de notre groupe, chaque pratiquant doit justifier d’un
minimum d’entraînement avant de pouvoir passer un grade.
Le programme technique utilisé est le même dans tous nos
clubs, chose plutôt rare et preuve de notre réelle
unité.
Même la description écrite des techniques (Kata) est la
même dans tous nos clubs et correspond à la traduction du
texte japonais (Tenchijin) ou à sa lecture directe d’un
Denshô (livret d’enseignement) par un Maître
japonais.
Passons maintenant à quelques infos glanées sur le Web, par ci et par là.
Hatsumi Sensei a-t-il parfois
modifié le nom des niveaux d’écoles comme cela a
déjà été annoncé ?
Pas du tout, Hatsumi utilise parfois des mots différents pour
parler des mêmes choses, le contenu des écoles ou le nom
des techniques, des niveaux n’a jamais été
modifiées par Hatsumi Sensei.
Existe-t-il une version de Sanshin No Kata (Gogyo) qui date de telle année, puis une autre de telle année ?
Non. Il existe une forme de base qui n'a pas changé depuis plusieurs générations
et des tas de variantes possibles.
Y a-t-il une forme précise, correcte et unique pour chaque technique du Ninjutsu ?
Oui et Non. Comme disent les japonais : « il n’existe pas
toujours une seule façon de bien faire une technique mais il
existe des milliers de façons de mal la faire » (sous
entendu des façons ne respectant pas les principes fondamentaux
ou cachés du Ninjutsu).
Certains pratiquants occidentaux
ont-ils parfois été les seuls à recevoir tel ou
tel enseignement au Japon ?
Absolument pas. Hatsumi Sensei passe son temps à dire que
c’est la première fois qu’il montre ceci ou bien
cela. Ou qu’il ne l’a dit à personne d’autre.
Hatsumi Sensei parle toujours à plusieurs niveaux et il ne faut
pas toujours prendre ce qu’il dit au pied de la lettre mais bien
le connaître et prendre du recul. Il y a ceux qui tombent dans le
panneau, croyant alors avoir été « élus
» pour recevoir cette connaissance, et les autres.
Existe-t-il d’autres
écoles anciennes de Ninjutsu en activité au Japon
aujourd’hui ? On entend parler parfois de Koga Ryû,…
Non. Aucune autre école réellement
spécialisée dans le Ninjutsu et transmise sans
interruption jusqu’à nos jours n’a perduré en
dehors des écoles déjà représentées
au sein du Bujinkan.
Dans la région de Koga ou Koka, il existe plusieurs
écoles ayant repris le nom de Koga Ryû mais il ne
s’agit pas de l’école de Ninjutsu disparue et ayant
porté ce nom.
Il existe certes un Musée à Koga où l’on
peut voir des pratiquants d’arts martiaux faire des «
spectacles » et autres démonstration de manipulation
d’arme dédié aux visiteurs mais il ne faut pas tout
confondre.
Comment un instructeur peut-il rejoindre votre association de clubs et participer à vos activités ?
Il ne s'agit pas d'une adhésion administrative, il y a pas de formulaire à remplir.
Il faut déjà être en accord bien entendu avec notre
orientation globale et la charte de travail que nous avons
décidé de suivre.
Il suffit de nous contacter et nous étudierons
sincèrement avec chaque personne sa situation et dans quelle
mesure il pourrait intégrer notre groupe.
Les instructeurs sincères, motivés, désireux de
progresser en se remettant éventuellement en question si
nécessaire sont réellement les bienvenus.
Je les invite à me contacter, ou bien l'un des instructeurs du
groupe, pour dialoguer et échanger, sans aucun engagement bien entendu.